20.01.2007
ENTRETIEN AVEC L'ARTISTE-PEINTRE AMAL BELGHITI

J'ai une sensibilité innée à cet art. Je peins depuis mon enfance. J'ai toujours aimé peindre; nous avons toujours peint en famille; c'est notre style de vie, une façon de nous parler, de rire, de nous amuser, de faire des caricatures de nous, à table après un bon repas ou ailleurs dans nos ateliers d'enfant pour être plus sérieux et plus attentifs.
La notion d'œuvre a toujours existé; c'est une constante dans ma vie quotidienne. Chaque peinture immortalise tous les moments que j'ai vécus; c'est en quelque sorte une relique de mon temps passé, une partie de mon histoire, un témoin d'un passé cher, comme un vestige ou une musique nostalgique que l'on chantonne encore. Cette peinture devient en réalité une œuvre, à mon sens, dès le moment où j'y attache moralement un grand prix.
Ce qui vous inspire ?
La couleur. Ce qui explique mon goût prononcé pour la couleur. J'aime la couleur. J'aime la raconter, la vivre, la toucher, la sentir, … Elle me colle à la peau , elle colore ma vie; elle est magique par ce qu'elle suggère à elle seule, par les mêlées de couleurs.
Magique car une seule couleur peut se composer, grâce à ses propres nuances. Magique car toutes les couleurs se fusionnent, se joignent selon mes dosages et les mesures que j'y apporte. Je fais de la couleur contre la mauvaise humeur, et quand je peins j'ai de la couleur dans les mains…
Que représente la peinture pour vous ?
La peinture est un moyen d'expression artistique fascinant et stimulant .
C'est un réel bonheur de rendre réalité mon imaginaire, de matérialiser une fiction, d'exprimer une vision, d'extérioriser des moments, le mien et celui des autres, de les redécouvrir sur toile, de les afficher en couleur, de savoir ces moments dévoilés aux autres, presque dénudés pour les laisser se deviner. Ainsi, ma peinture représente en général mon aspiration profonde pour la recherche sempiternelle de l'équilibre et de la beauté; cette beauté est partout pour celui qui sait la découvrir. Ces deux éléments sont à l'origine du sens de ma peinture. Elle s'exprime aussi de deux « matières » : la matière peinture et la matière toile, pierre ou tout autre support. L'un invite l'autre à une fusion artistique, à une alliance pour ne devenir qu'un ensemble.

Pablo Ruiz Picasso car c'est pour moi un créateur obsessionnel. Une preuve de cette obsession est la quantité de tableaux, dessins, gravures, sculptures et céramiques qu'il a créés. Même pendant ses moments de loisirs il avait un besoin irrésistible de créer. Et quand il était avec des amis proches, il avait pour habitude d'inventer des jeux particulièrement inventifs.
Un maître :
Léonard de Vinci. Il est plus qu'un peintre, un savant.
Votre toile préférée exécutée par un grand :
La Joconde pour deux raisons. A toutes les époques, les artistes l'ont prise comme référence. Je suis fascinée par l'énigme de la Joconde et du développent du mythe qui l'entoure, en faisant de nos jours l'une des œuvres d'art les plus célèbres du monde. La Joconde a inspiré de nombreux peintres, qui en ont fait des copies et des imitations plus ou moins fidèles. D'autres arts s'en sont emparés : des chanteurs, comme Barbara ou Serge Gainsbourg l'ont chantée. Des auteurs « jocondoclastes», de Jean Margat à l'oulipien Hervé Le Tellier, ont fait d'elle un personnage littéraire.
La deuxième raison est que Léonard était sûrement conscient qu'il peignait non seulement le portrait d'une femme, mais aussi le portrait d'une expression. La Joconde constitue réellement le portrait de l'idée de sérénité. J'aime la sérénité et elle me l'inspire.
Où peut-on acquérir vos toiles ?
"Dune Rouge " expose mes toiles à Marrakech et à Casablanca.
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01.12.2006
LE TANGER INTEMPOREL D'APPERLEY.
Ce peintre anglais né en 1884 est issu d'une famille puritaine de tradition militaire. Sa passion pour la peinture déplait fortement à son entourage aristocratique. Néanmoins, il parvient finalement, non sans mal, à embrasser la carrière de peintre. Ses premiers tableaux sont exposés à la « Royal Academy », prestigieuse institution artistique britannique basée à Londres.C'est dans le quartier du Marshan qu'il a élu domicile dans les années 30. En 1917, il s'exile à Grenade. Sa période espagnole fut riche en créativité : une grande partie des ses magnifiques œuvres y ont vu le jour. En 1933, en raison de la guerre civile, il décide de quitter l'Espagne pour s'installer à Tanger. Elle fut sa grande source d'inspiration, sa muse. C'est dans le quartier de Marshan qu'il a acquis une villa. Cette demeure telle un promontoire accueillait également son atelier qui lui permettait de contempler les côtes espagnoles et qui lui apportait cette sérénité si chère aux artistes. Apperley aimait déambuler dans les ruelles en forme de labyrinthe du vieux Tanger, et en particulier dans le Grand Socco.Sa promenade matinale sur le boulevard Pasteur était devenue un rituel. C'était une manière pour lui de puiser l'inspiration et de se ressourcer. En réalité, tout le subjuguait et le captivait dans cette ville : la beauté de sa baie, le bleu parfait de son ciel, l'exotisme de la Médina, l'animation des souks, sa population , etc . Cela lui rappelait parfois l'ambiance chaleureuse de l'Andalousie. Mais, il pouvait aussi jouir de la quiétude proposée par certains coins pittoresques et uniques de la ville (les Grottes d'Hercule, le Cap Malabata, etc).Apperley écoula des jours heureux à Tanger. En effet, il y exposait ( à l'Hôtel Minzah en 1944, à la Bibliothèque Publique Espagnole en 1949, à l'Hôtel Rembrandt en 1957); il y recevait (clients, amis, touristes, curieux, artistes). Sa résidence était un véritable musée où était disposées une multitude d'objets d'art, et sans oublier les myriades de toiles qu'il réalisait. Il a participé activement et intensément à la vie culturelle et sociale du Tanger de l'époque, avec un enchantement, un optimisme et une joie de vivre qui lui étaient propres. Il y vécut jusqu'à sa mort en 1960 et fut inhumé dans le cimetière anglais "Saint-Andrews" de la ville. A travers donc les tableaux de ce peintre orientaliste, ce sont des portraits et des paysages d'un Tanger intemporel que l'on retrouve.
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